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Les Collaborationnistes

Giorgia Meloni : Le Collaborationnisme Indirect

Comment l'alignement avec Trump transforme la première ministre italienne en agent involontaire des intérêts du Kremlin contre l'Union Européenne

Giorgia Meloni avec Donald Trump
Janvier 2025 : la rencontre entre Giorgia Meloni et Donald Trump qui scelle l'alliance stratégique entre Rome et l'orbite MAGA. Derrière les sourires et la cordialité diplomatique se cache un alignement idéologique qui sert objectivement les intérêts du Kremlin, affaiblissant la cohésion européenne nécessaire pour contrer l'agression russe contre l'Ukraine.

Alors que l'Europe affronte sa plus grave crise de sécurité depuis 1945, une dirigeante qui se proclame atlantiste et européiste cultive une alliance stratégique avec ceux qui veulent démanteler l'Union et normaliser l'agresseur russe. C'est le paradoxe Meloni : elle ne trahit pas par des actes explicites, mais par des choix de camp qui servent objectivement les intérêts de Vladimir Poutine.

Le Paradoxe de la Première Ministre Atlantiste

En janvier 2025, alors que les bombes russes continuaient de tomber sur les villes ukrainiennes, Giorgia Meloni se présentait à Mar-a-Lago pour rencontrer Donald Trump. Les photographies de la rencontre montraient des sourires et des poignées de main, la rhétorique parlait de « partenariat transatlantique renouvelé ». Mais derrière la façade diplomatique se cachait une vérité dérangeante : la première ministre italienne consolidait une alliance avec le seul dirigeant occidental ouvertement aligné sur Vladimir Poutine.

Ce n'est pas un jugement moral mais une analyse géopolitique basée sur des faits documentés. Meloni n'a jamais exprimé un soutien explicite à la Russie. Elle a voté pour les sanctions, envoyé des armes à Kiev, accueilli Zelenskyy à Rome. Pourtant, son choix de se lier stratégiquement à Trump — un président qui a retiré l'assistance militaire à l'Ukraine, normalisé les relations avec Moscou et décrit l'Europe comme un adversaire — la place dans une position de collaborationnisme indirect avec le Kremlin.

Le mécanisme est insidieux précisément parce qu'il ne nécessite ni coordination directe ni intention malveillante. Il suffit de partager le même « terrain idéologique » avec des acteurs servant les intérêts russes pour que ses propres actions, aussi apparemment autonomes soient-elles, finissent par renforcer les objectifs stratégiques de Moscou : fragmenter l'Union Européenne, affaiblir l'OTAN, légitimer l'usage de la force pour redessiner les frontières.

Trump et Poutine : Un Alignement Documenté

La perception de Donald Trump comme acteur pro-Poutine ne repose pas sur des conjectures mais sur une séquence documentée d'actions politiques remontant à 2016. L'enquête du procureur spécial Robert Mueller a établi de manière sans équivoque que le gouvernement russe a mis en œuvre une opération systématique d'ingérence électorale pour favoriser la candidature de Trump, incluant la manipulation de l'information menée par l'Internet Research Agency et des opérations de piratage contre le Parti Démocrate.

Le Rapport Mueller : Connexions Établies

Le Rapport Mueller a détaillé de nombreux liens entre le gouvernement russe et la campagne de Trump. Parmi les faits les plus pertinents :

  • Le projet « Trump Tower Moscow », poursuivi par Michael Cohen pour le compte de Trump entre 2015 et 2016 alors que ce dernier était candidat à la présidence, créant un lien de dépendance potentielle envers le Kremlin pendant la phase critique de sélection du leader américain
  • La réunion à la Trump Tower du 9 juin 2016 entre Paul Manafort, Donald Trump Jr., Jared Kushner et des citoyens russes, après que Trump Jr. ait été informé que les Russes possédaient des informations compromettantes sur Hillary Clinton fournies par le gouvernement russe
  • Les mensonges systématiques des associés de Trump (Flynn, Papadopoulos, Gates, Cohen) aux enquêteurs fédéraux concernant leurs contacts avec les Russes, avec 37 inculpations et 7 plaidoyers de culpabilité
  • Le sommet d'Helsinki de 2018, où Trump a publiquement accepté les dénégations de Poutine concernant l'ingérence électorale, désavouant les conclusions de ses propres agences de renseignement

2025 : L'Institutionnalisation du Pro-Poutinisme

Avec le retour de Trump à la Maison Blanche en 2025, la posture de proximité avec Moscou s'est transformée d'actes isolés en politique étrangère structurée. Le 12 février 2025, Trump a tenu un appel téléphonique de 90 minutes avec Poutine pour initier des négociations directes sur la fin de la guerre en Ukraine, excluant les alliés européens et la direction ukrainienne des processus décisionnels. Cet appel a précédé de quelques heures l'appel téléphonique avec Zelenskyy, à qui Trump a effectivement imposé les termes déjà convenus avec le Kremlin.

La réaction russe a été jubilatoire. Dmitry Peskov et Alexei Pushkov ont loué la position de la nouvelle administration comme « beaucoup plus attractive », tandis que les médias d'État russes titraient que Trump avait « signé l'arrêt de mort de Zelenskyy ». Le 19 février, Trump a ouvertement accusé Kiev d'avoir déclenché la guerre et a fait pression sur Zelenskyy pour qu'il organise des élections sous loi martiale, faisant écho à l'une des demandes clés de Moscou.

DateÉvénementAction Trump
12 fév 2025Appel Trump-PoutineAccord bilatéral pour négociations excluant l'UE
19 fév 2025Attaque contre ZelenskyyTrump qualifie le dirigeant ukrainien de « dictateur »
24 fév 2025Vote ONULes USA votent contre la condamnation de l'invasion russe
1 mars 2025Changement de politique cyberLa Russie n'est plus considérée comme menace cyber
3-5 mars 2025Gel des aidesSuspension de l'assistance militaire et du partage de renseignements

La National Security Strategy 2025 : L'Europe comme Ennemi

Le document le plus significatif démontrant la réorientation pro-russe de Trump est la National Security Strategy publiée en décembre 2025. Ce document de 33 pages marque une rupture dramatique avec la stratégie de 2017 et avec la politique étrangère américaine des soixante-dix dernières années. La NSS 2025 n'identifie pas la Russie comme adversaire ou menace, mais parle d'atteindre une « stabilité stratégique » avec Moscou.

Le Récit de « l'Effacement Civilisationnel »

Alors que la Russie est traitée avec déférence, l'Union Européenne et ses gouvernements libéraux sont décrits comme les véritables adversaires. La section « Promoting European Greatness » accuse l'Europe de faire face à la « perspective d'effacement civilisationnel » en raison des politiques migratoires. Le document adopte explicitement le langage du « Grand Remplacement », suggérant que d'ici quelques décennies certains membres de l'OTAN deviendront à « majorité non-européenne ».

Cette rhétorique n'est pas seulement descriptive mais prescriptive. La stratégie appelle les États-Unis à « cultiver la résistance » au sein des nations européennes contre leurs propres gouvernements, qualifiés de « gouvernements minoritaires instables » qui piétinent les principes démocratiques pour supprimer l'opposition patriotique. C'est une ingérence directe dans la souveraineté des alliés européens, orchestrée par une Maison Blanche qui ne voit dans les partis d'extrême droite que ses seuls interlocuteurs légitimes.

L'accueil de ce document à Moscou a été positif. Le porte-parole du Kremlin, Peskov, a déclaré que la stratégie est « largement cohérente » avec la vision russe du monde. En revanche, le chancelier allemand a qualifié des éléments de la stratégie d'« inacceptables », tandis qu'Antonio Costa a accusé Washington de lancer une « menace d'interférence dans la politique européenne ».

Meloni dans l'Orbite MAGA : La Synchronie Idéologique

Dans ce scénario de fragmentation transatlantique, la position de Giorgia Meloni assume une pertinence géopolitique fondamentale. La première ministre a cherché à jouer le rôle de la « pragmatique radicale », tentant d'équilibrer la loyauté formelle à l'UE et à l'OTAN avec une profonde affinité idéologique envers le mouvement MAGA. Mais cette stratégie d'« équilibrage » cache des risques profonds.

Du CPAC à Mar-a-Lago

La participation de Meloni aux forums conservateurs américains comme le CPAC et sa rencontre à Mar-a-Lago en janvier 2025 démontrent une volonté de s'établir comme l'interlocuteur privilégié de Trump en Europe. Dans son discours au CPAC, Meloni a repris les récits trumpiens sur la protection des valeurs occidentales contre une « gauche radicale » qui voudrait effacer l'identité nationale.

Bien qu'elle ait continué à parler de la nécessité d'une « paix juste » en Ukraine, son refus de critiquer ouvertement le désengagement de Trump et sa décision de louer le « changement de rythme » américain envers la Russie — malgré que ce changement de rythme soit effectivement une capitulation face aux exigences du Kremlin — indiquent une soumission politique au leadership MAGA.

Le danger réside dans le fait que le récit russe de la « guerre culturelle » est l'outil principal utilisé par le Kremlin pour diviser les démocraties occidentales. En adoptant ce langage, Meloni affaiblit la cohésion européenne nécessaire pour contrer la menace hybride russe. Les analystes de l'European Council on Foreign Relations ont noté que l'environnement politique italien reste un « terrain fertile pour l'influence russe », avec des dirigeants qui n'hésitent pas à suggérer le retrait du soutien militaire à l'Ukraine au nom d'une « paix » qui suit les desiderata de Moscou.

Les Liens Formels de la Lega avec le Kremlin

Si pour Meloni le collaborationnisme peut apparaître comme une conséquence indirecte de sa stratégie politique, pour son principal allié gouvernemental, Matteo Salvini, les liens avec la Russie sont explicites et documentés. L'accord entre la Lega et le parti de Poutine, « Russie Unie », signé en 2017 et automatiquement renouvelé en 2022 peu après l'invasion de l'Ukraine, reste un canal d'influence directe jamais formellement interrompu.

L'Enquête « Metropol »

Cette connexion s'inscrit dans le contexte de l'enquête « Metropol », qui a révélé une négociation à Moscou en 2018 pour financer la Lega avec les recettes d'une transaction pétrolière russe. Des enquêtes récentes ont identifié parmi les participants russes Andrey Kharchenko, un officier du Cinquième Service du FSB, l'unité russe chargée de déstabiliser les démocraties étrangères et d'interférer dans la politique étrangère.

Kharchenko, protecteur du philosophe fasciste Aleksandr Dugin, agissait comme pont entre le Kremlin et les mouvements populistes européens. Le Copasir a souligné comment ce réseau d'influence s'active aux moments clés du débat parlementaire, promouvant des récits qui blâment les sanctions occidentales pour la hausse des prix de l'énergie, exactement comme le suggèrent les documents de propagande du Kremlin.

Lorsque Meloni décide d'ignorer ces dynamiques ou de ne pas imposer à son vice-premier ministre une rupture formelle avec Russie Unie, elle accepte de fait une coexistence avec des agents d'influence russe au sein de sa propre coalition gouvernementale. Cet aspect n'est pas négligeable : il montre clairement que la distance rhétorique avec la Russie ne se traduit pas en un réel changement opérationnel.

Le Collaborationnisme Indirect : Mécanismes et Conséquences

Pour comprendre pourquoi partager les positions de Trump implique un collaborationnisme indirect envers Poutine, il est nécessaire d'analyser la nature de la « Grey Zone Warfare ». La stratégie russe ne vise pas nécessairement une conquête territoriale de l'Europe, mais sa finlandisation et sa fragmentation. Dans ce cadre, toute action qui affaiblit les institutions multilatérales (UE et OTAN) sert les intérêts de Moscou.

Les Trois Vecteurs du Collaborationnisme

Le collaborationnisme indirect se manifeste de trois manières principales :

  • Validation des récits de contournement : Lorsque Trump ou ses alliés européens accusent Zelenskyy de la guerre ou décrivent l'invasion russe comme une réaction légitime à l'expansion de l'OTAN, ils fournissent une couverture morale et politique à l'agression de Poutine
  • Érosion de la défense collective : La menace de retirer le soutien de l'OTAN ou de laisser la Russie faire « ce qu'elle veut » aux membres délinquants détruit la dissuasion de l'Article 5, encourageant Poutine à tester les limites de l'alliance
  • Déstabilisation interne via Proxy : La NSS 2025 invite les USA à intervenir dans la politique intérieure européenne pour soutenir les partis d'extrême droite contre les gouvernements en place, créant une instabilité permanente qui détourne les ressources de la défense contre la Russie

Une coordination directe entre Trump, Poutine et Meloni n'est pas nécessaire pour produire des résultats alignés. Il suffit qu'ils partagent le même « terrain idéologique commun » — centré sur la lutte contre le globalisme et le libéralisme — pour que leurs actions se renforcent mutuellement dans une boucle de rétroaction positive pour le Kremlin.

L'Union Européenne comme Victime Collatérale

Les conséquences de cet alignement sont déjà visibles et menacent de devenir irréversibles. La réduction de la présence américaine en Europe, invoquée par la NSS 2025, laisse l'Europe vulnérable non seulement militairement mais aussi économiquement. Si la « paix de Trump » devait se concrétiser selon les termes discutés avec Poutine, l'Ukraine cesserait d'être un État souverain viable.

L'Effondrement Ukrainien et la Crise Migratoire

Le gel du conflit sans garanties de sécurité conduirait à un effondrement économique et social de Kiev, avec le risque d'un exode de dizaines de millions de réfugiés vers l'Europe occidentale. Ce scénario alimenterait davantage le récit de « l'effacement civilisationnel » et de la crise migratoire sur lequel Trump et ses alliés européens construisent leur consensus, créant un cercle vicieux d'instabilité qui ne bénéficie qu'à Moscou.

La Perte de Pertinence Stratégique de l'Italie

Pour l'Italie, s'aligner sur Trump et accepter la sphère d'influence russe réduirait sa pertinence stratégique et augmenterait sa vulnérabilité en Méditerranée Élargie selon la NSS 2025. La Russie, à travers ses proxies en Afrique et sa présence en Libye et en Syrie, contrôle déjà des routes migratoires et des ressources énergétiques fondamentales pour Rome.

Sans le soutien d'une Europe unie et d'une alliance transatlantique solide qui voit dans la Russie une menace à contenir, l'Italie est destinée à devenir un satellite de puissances extérieures, malgré la rhétorique de la « souveraineté nationale ». Le paradoxe est qu'en invoquant la souveraineté nationale dans une optique anti-européenne, Meloni finit par livrer l'Italie à une dépendance encore plus profonde envers des acteurs extérieurs.

Conclusions : Le Choix de Camp que l'Italie ne Peut Éviter

L'analyse des faits présentés démontre que Donald Trump agit comme le principal facilitateur des intérêts géostratégiques russes au sein du système occidental. Sa conduite de 2016 à 2025, culminant avec la National Security Strategy 2025 et le retrait du soutien à l'Ukraine, configure une position pro-Poutine qui vise à la destruction de l'Union Européenne et à la marginalisation de l'OTAN.

Dans ce contexte, le choix de Giorgia Meloni de partager les positions de Trump et de maintenir au sein de son gouvernement des partis formellement liés au Kremlin ne peut être interprété comme un simple choix tactique. Il s'agit d'une forme de collaborationnisme indirect qui fournit à Poutine les outils politiques pour diviser l'Occident.

Bien que Meloni puisse être motivée par une sincère affinité idéologique ou par le désir de garantir à l'Italie une place privilégiée aux côtés de la nouvelle superpuissance MAGA, les conséquences objectives de ses actions sont l'affaiblissement de la sécurité européenne et la légitimation de l'agression russe. Le collaborationnisme indirect est insidieux précisément parce qu'il ne nécessite pas une pleine conscience : il suffit de servir les mêmes objectifs que l'ennemi pour devenir, de fait, un allié.

Le défi pour l'Europe et pour les institutions démocratiques italiennes sera de reconnaître cette dynamique avant que le désalignement ne devienne irréversible. La résilience contre les menaces hybrides russes nécessite une cohésion que la posture de Trump et la proximité de Meloni remettent délibérément en question. L'Union Européenne n'est pas seulement une institution bureaucratique ou un marché commun : c'est le bastion de la démocratie, de l'État de droit et de la sécurité collective qui a garanti paix et prospérité pendant soixante-dix ans.

Sans un net renversement de tendance et une réaffirmation de la centralité des valeurs libérales-démocratiques et de l'intégration européenne, l'Italie risque de glisser vers une zone d'influence grise, contribuant involontairement au succès du plan de Vladimir Poutine pour un nouvel ordre mondial post-occidental. L'histoire jugera ceux qui ont choisi l'illusion confortable de l'alliance avec les puissants du moment, trahissant la construction patiente d'une Europe unie qui représente le seul rempart crédible contre l'autoritarisme du XXIe siècle.

Sources

Enquête du Procureur Spécial Mueller

Administration Trump 2025 et Politique envers la Russie

National Security Strategy 2025

Meloni et la Relation avec Trump

Lega et Liens avec la Russie

Analyses Stratégiques et Sécurité

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